Codir ou pas Codir ?


    Les petites structures ne sont pas friandes du comité de direction (Codir). Elles sont peu nombreuses à en posséder, pourtant le Codir est un atout pour les dirigeants et l’entreprise elle-même. Le comité de direction est l’organe de décision que les structures mettent en place pour traiter les sujets stratégiques et transverses… en théorie, car en pratique, ce n’est pas toujours le cas. Dans 60% des situations, le Codir fonctionne difficilement. Une fatalité ? Non, si des règles sont respectées.

    Des freins bien identifiés
    Les dirigeants de petites structures estiment que les Codir sont surtout nécessaires dans les grands groupes et ils ont souvent du mal à déléguer, à partager une forme de pouvoir ; ils préfèrent réaliser des entretiens en tête à tête ou en petits comités avec leurs managers. Enfin, des dirigeants considèrent qu’une telle organisation s’accompagne de nombreuses contraintes, comme celle de devoir instaurer des rencontres collectives régulières.
    Pourtant, les bienfaits du Codir sont tout à fait mesurables.

    D’abord, c’est un gain de temps
    Le Codir permet de gagner du temps, de décloisonner les différents services et d’avoir rapidement une vision globale sur l’état de l’entreprise. Il permet de gagner du temps (entre 5% à 10) aussi parce que le tour d’horizon de toutes les missions, projets, gérés par les cadres représentés est immédiat et inter actif.
    La mise en place d’un Codir incite l’ensemble des cadres à cadencer leur travail. Parallèlement, la prise de parole de chacun des membres, dans un laps de temps restreint, pousse à synthétiser l’état d’avancement des différents dossiers. Il est alors plus facile pour un chef d’entreprise de prendre des décisions rapides.

    C’est un « fluidifieur » d’information
    Second point intéressant : une réunion hebdomadaire permet de décloisonner les services. Les collaborateurs sont ainsi mieux informés du travail des autres. Un point d’autant plus important que la non-transmission des informations est l’une des premières raisons de stagnation d’une entreprise. Chacun est focalisé sur ses problématiques propres créant une véritable résistance au changement.

    Le Codir est un lieu de soutien et de confiance
    C’est un rôle souvent négligé, voire jugé contreproductif. Certains patrons aiment les Codir où la concurrence est jugée source d’émulation entre les cadres. Enjeux de pouvoir, occasion de « tirer la couverture à soi », les tentations sont grandes de jouer sur la corde sensible du partage du pouvoir. Fatal error ! Le Codir doit être conçu comme un lieu de partage et de soutien, renforçant l’aspect solidaire de l’entreprise et de son encadrement. Le Codir est un lieu clos mais tout fini par se savoir et les équipes auront tôt fait d’apprendre qui est en difficulté et qui est en position de force. Délétère pour les ambiances de travail et le rendement, tout simplement !

    Le rôle aidant d’un consultant
    Si je me fie à mon expérience de plus de 10 ans dans ce domaine, le consultant est appelé dans 3 cas de figure au moins :
    1. Le Codir ne fonctionne plus pour des raisons principalement de prise de pouvoir par certains au détriment du groupe,
    2. Le Codir peine à être force de proposition et ne joue plus son rôle d’organe de décision,
    3. Les membres du Codir ont besoin d’un regard extérieur pour les aider dans une phase transitionnelle délicate.

    La réussite de la mission du consultant est principalement liée au fait que sa présence est acceptée par tous, que la confiance est instaurée et que chacun profite de sa présence pour s’exprimer avec assertivité.

    Sa présence peut être modulée selon les besoins, à tous les Codir pendant une période donnée, à certains Codir dont l’ordre du jour le concerne dans son expertise, voire un segment de temps dans la réunion du Codir.
    L’enjeu est de permettre la confiance, être à la fois dedans et dehors pour le consultant. L’apport d’expertise du consultant dans les pratiques managériales est le point de départ à la réflexion, aux débats puis à la prise de décision. Le consultant n’est pas à l’initiative de la décision, il a permis de la susciter, tout au plus.

    Il est important en début d’intervention du consultant auprès du Codir de bien baliser son rôle auprès de tous les membres. Le Codir est un organe vivant et aucun Codir ne fonctionne de la même façon : il a son histoire, ses enjeux propres, son environnement économique. La posture du consultant doit être respectueuse de cela et quelque part inventer chaque fois un mode d’intervention. J’ai connu un Codir où mon rôle consistait principalement à veiller à ce que la parole de chacun soit entendue, que les comptes rendus soient objectifs, dans une situation où le PdG étant en arrêt de longue maladie, le Codir était devenu un champ de bataille.

    Au début de ma carrière, un confrère bienveillant m’a fait remarquer que le mot consultant contenait C.. et Sultan … je n’ai jamais oublié ce jeu de mots et j’essaie de n’être ni l’un l’autre, avec modestie et persévérance ! Etre aidant et rester à sa place pour le profit du client.


    A lire :
    « Les CoDir du 3e millénaire - De la gouvernance solitaire au leadership collectif »
    Edgard Added, Hervé Saint-Aubert
    Mais aussi :
    « Le codir m’a tuer »
    Philippe Détrie (Roman)