Automatisation et menace sur l’emploi

par  Claire Jan

    Une étude du cabinet McKinsey estime que l’automatisation pourrait avoir des conséquences sur 60% des emplois dans le monde. Face à ces mutations, les experts recommandent aux Etats d’investir dans la formation des travailleurs pour qu’ils acquièrent de nouvelles compétences rapidement. Mais est-on sûre que cette menace soit réelle à cette échelle ?

    Une étude du cabinet McKinsey estime que l’automatisation pourrait avoir des conséquences sur 60% des emplois dans le monde. Face à ces mutations, les experts recommandent aux Etats d’investir dans la formation des travailleurs pour qu’ils acquièrent de nouvelles compétences rapidement.

    Le débat sur la menace qui pèserait sur l’emploi du fait de l’automatisation a été fortement influencé par la publication en 2013 d’une étude réalisée par Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, deux chercheurs de l’université d’Oxford, et intitulée Future of employment : how susceptible are jobs to computerisation ?.

    D’après leurs travaux, 47 % des emplois aux États-unis et 35 % au Royaume-uni présenteraient un risque élevé d’être automatisés au cours des dix ou vingt prochaines années. De nombreuses études, transposant les résultats de ces recherches à d’autres pays, aboutissent à un ordre de grandeur similaire : 42 % des emplois seraient ainsi menacés en France, 49 % au japon et 54 % dans l’union européenne.

    Pour aboutir à ces chiffres, les deux chercheurs britanniques ont identifié — avec l’aide de leurs collègues spécialistes en « apprentissage automatique » — 70 professions pour lesquelles ils estiment savoir avec certitude si elles peuvent, ou non, être automatisées.

    Par ailleurs, disposant d’une liste des caractéristiques associées à l’ensemble des professions, ils établissent une correspondance entre le caractère automatisable ou non de ces 70 professions et neuf de ces caractéristiques, ayant trait au besoin du métier en créativité, en intelligence interpersonnelle et en dextérité manuelle. Pour finir, ils appliquent cette correspondance à plus de 630 autres professions et en concluent que 320 professions ont un risque élevé (supé- rieur à 70 %) d’être automatisées au cours des deux prochaines décennies.

    Ce sont ces 320 professions qui regroupent 47 % des emplois aux États-unis, 42 % en France, etc. une équipe de recherche allemande ayant travaillé pour l’OCDE (Melanie Arntz et al.) pointe deux limites à cette analyse, limites qui, selon elle, conduisent à surestimer le nombre d’emplois automatisables :

    • les professions identifiées comme menacées par l’automatisation comportent souvent de nombreuses tâches difficilement automatisables
    • toutes les personnes qui exercent une même profession ne réalisent pas exactement les mêmes tâches.

    C’est pourquoi ces chercheurs proposent de ne pas mesurer le risque d’automatisation par profession mais, à un niveau plus fin, celui des tâches. Leur méthode leur permet alors de mesurer le risque d’automatisation de chaque emploi selon les tâches qui le composent. Par cette méthode, ces chercheurs estiment que « seuls » 9 % des emplois aux États-unis ont un risque élevé (supérieur à 70 %) d’être automatisés. Cette proportion serait de 10 % au Royaume-uni, 9 % en France et 7 % au japon.
    Comment expliquer ces proportions d’emplois menacés quatre à cinq fois plus faibles que celles obtenues par les deux chercheurs britanniques ? Essentiellement parce que les premiers travaux considéraient comme automatisables des métiers qui pourtant nécessitent fréquemment de travailler en équipe ou en relation directe avec les clients, tâches qui — à ce jour — ne peuvent être aisément confiées à des robots. C’est le cas des métiers de vendeur ou de comptable par exemple, qui, à eux seuls, concentrent près de 5 % des emplois aux États-unis.

    Mais d’autres emplois sont directement concernés par cette automatisation des tâches :



    Pour aller plus loin :

    http://www.strategie.gouv.fr/publications/leffet-de-lautomatisation-lemploi-quon-sait-quon-ignore
    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/automatisation-375-millions-de-personnes-forcees-de-changer-d-emploi-d-ici-2030-759893.html